Huysmans et les genres littéraires
Colloque
Huysmans et les genres littéraires
18, 19 et 20 octobre 2007
Université de Nice-Sophia Antipolis
Ce colloque se propose de célébrer le centième anniversaire de la mort de Joris-Karl Huysmans, en tentant de saisir son oeuvre non plus tant en termes d'écoles et d'opinions (le naturaliste / le décadent / le converti) qu'en termes de pratiques, conscientes et choisies, de genres littéraires.
La réflexion, qui visera également, en cette date anniversaire, à dresser un bilan de la recherche huysmansienne, pourra notamment se développer dans trois directions :
1. Pratique et typologie des genres littéraires
On connaît le célèbre rejet par Huysmans du « roman romanesque » (enquête du Gaulois, mai 1891) salué par un Paul Valéry à l'époque d'En route, mais sans doute faut-il également reconsidérer son peu de goût pour le théâtre, dont témoigne abondamment la correspondance, ses rapports ambigus à la poésie, sa pratique occasionnelle de la nouvelle, son incursion dans l'hagiographie, etc.
Un métadiscours sur les genres s'immisce par ailleurs fréquemment dans ses oeuvres. Cette représentation, soit directe (roman du roman : Là-bas), soit obliquement abyssale (Marthe, roman dans lequel il est question du théâtre), demande à être étudiée dans ses tensions entre une adhésion parfois revendiquée à certains cadres architextuels et une prise de distance amusée conduisant au pastiche : ainsi du rapport à l'épopée dans À vau-l'eau ou Sac au dos, par exemple, qui induit un jeu avec l'horizon d'attente du lecteur.
L'oeuvre de Huysmans se plaît également à l'hybridation générique, organisant la rencontre, on le sait, du roman et du poème en prose ou de l'autobiographie : quelles sont les autres chimères génériques de l'oeuvre (contamination de la narration romanesque par l'essai, notamment) ? Huysmans se voue dans le même temps à l'exploration de genres marginaux, sinon mineurs, comme la pantomime, ou bien au confluent de pratiques esthétiques diverses, comme le croquis ou la critique d'art, dont une appréhension poéticienne permettrait de rendre compte efficacement.
2. Comment Huysmans pense-t-il la catégorie même de genre littéraire ?
S'agit-il simplement d'un cahier des charges, comme on a pu le dire du roman naturaliste zolien, en lequel Huysmans aurait vu, progressivement, un carcan idéaliste dont il aurait fallu « briser les limites » ? Quelle conscience développe-t-il – dès le Drageoir aux épices et jusqu'aux premières pages de Sainte Lydwine qui proposent un bilan bibliographique – du choix d'un genre littéraire comme héritage et insertion dans une filiation ?
Quels sont les critères majeurs qui définissent selon lui le genre littéraire ? Est-ce une écriture, ou une dimension pragmatique qui lierait chaque genre à un rapport spécifique au public, ou bien encore un moyen efficace de prendre position dans un champ littéraire en pleine mutation (le roman est autant « la grande forme de l'art moderne » que « la seule voie à prendre pour arriver aujourd'hui » : lettre à Th. Hannon du 13 décembre 1879) ? Quel rapport peut-on établir ici entre style et genre ?
Faut-il chercher des réponses dans les analyses que Huysmans fait des autres genres ? La lecture des marges de l'oeuvre s'avèrerait ici féconde : préfaces et lettres, considérées comme appartenant à un véritable genre, ou comme laboratoires de l'oeuvre, méritent l'examen attentif qu'elles n'ont pas encore reçu. Par leur discontinuité, leurs variations abruptes de niveau de langue et l'extrême diversité typologique des discours qu'elles charrient, ses lettres semblent en effet présenter une singularité dont cette approche est susceptible de rendre compte. Le romancier Huysmans, par ailleurs, n'a préfacé, hormis trois des siens, aucun roman, mais des livres de poésies (Hannon, Verlaine), des travaux d'érudition (R. de Gourmont, Bois), des ouvrages de critique d'art (Broussolle) ou de piété (Dutilliet) : ce croisement générique reste à explorer.
3. Huysmans et les genres… et les autres
Il convient enfin d'envisager les pratiques génériques huysmansiennes dans leur historicité, au sein d'une fin de siècle souvent désireuse d'éroder les frontières génériques classiques et confrontée à la concurrence de formes issues de la presse à grande diffusion.
L'oeuvre, nourrie de la lecture de grands devanciers ou de contemporains, porte trace, en ses choix génériques, de ces intertextes. De plus, elle occupe une place privilégiée, qu'on choisisse comme pivot Là-bas (M. Raimond, La Crise du roman aux lendemains du naturalisme) ou À rebours (J. Dubois et alii, Le Roman célibataire), dans une contestation des canons du genre romanesque comme dans un rapport neuf à la paralittérature. Des textes au statut problématique attendent d'être étudiés sous cet angle : Les Foules de Lourdes, par exemple, pourraient annoncer le genre mixte du récit auquel le XXe siècle donnera tout son lustre.
Malgré ses vitupérations contre la presse, Huysmans écrit pour elle de nombreux salons, des textes de critique littéraire ou biographique, des notes de voyage (sur Bruxelles ou Francfort), des chroniques dont il assume la nature disparate en les rassemblant sous le titre de De Tout. Lui qui n'avait pas reculé devant la transformation paradoxale de La Cathédrale, livre écrit à la gloire de la Vierge Marie, en guide touristique, écrit, au moment où il se détourne du roman (« On a trop remâché […] ce vieux foin »), des textes-promenades proches par certains aspects du reportage journalistique (Les Gobelins, Le Quartier Notre-Dame).
Or, de telles considérations génériques aboutissent, on le voit, à une interrogation sur la littérarité même de ses derniers textes.
Merci d'adresser vos propositions (titre et court résumé) avant la fin du mois de décembre 2006 à: Jean-Marie Seillan (jms06340 (a) wanadoo.fr) & Gilles Bonnet (bonnetgilles (a) wanadoo.fr)
(source: fabula.org)
Huysmans et les genres littéraires
18, 19 et 20 octobre 2007
Université de Nice-Sophia Antipolis
Ce colloque se propose de célébrer le centième anniversaire de la mort de Joris-Karl Huysmans, en tentant de saisir son oeuvre non plus tant en termes d'écoles et d'opinions (le naturaliste / le décadent / le converti) qu'en termes de pratiques, conscientes et choisies, de genres littéraires.
La réflexion, qui visera également, en cette date anniversaire, à dresser un bilan de la recherche huysmansienne, pourra notamment se développer dans trois directions :
1. Pratique et typologie des genres littéraires
On connaît le célèbre rejet par Huysmans du « roman romanesque » (enquête du Gaulois, mai 1891) salué par un Paul Valéry à l'époque d'En route, mais sans doute faut-il également reconsidérer son peu de goût pour le théâtre, dont témoigne abondamment la correspondance, ses rapports ambigus à la poésie, sa pratique occasionnelle de la nouvelle, son incursion dans l'hagiographie, etc.
Un métadiscours sur les genres s'immisce par ailleurs fréquemment dans ses oeuvres. Cette représentation, soit directe (roman du roman : Là-bas), soit obliquement abyssale (Marthe, roman dans lequel il est question du théâtre), demande à être étudiée dans ses tensions entre une adhésion parfois revendiquée à certains cadres architextuels et une prise de distance amusée conduisant au pastiche : ainsi du rapport à l'épopée dans À vau-l'eau ou Sac au dos, par exemple, qui induit un jeu avec l'horizon d'attente du lecteur.
L'oeuvre de Huysmans se plaît également à l'hybridation générique, organisant la rencontre, on le sait, du roman et du poème en prose ou de l'autobiographie : quelles sont les autres chimères génériques de l'oeuvre (contamination de la narration romanesque par l'essai, notamment) ? Huysmans se voue dans le même temps à l'exploration de genres marginaux, sinon mineurs, comme la pantomime, ou bien au confluent de pratiques esthétiques diverses, comme le croquis ou la critique d'art, dont une appréhension poéticienne permettrait de rendre compte efficacement.
2. Comment Huysmans pense-t-il la catégorie même de genre littéraire ?
S'agit-il simplement d'un cahier des charges, comme on a pu le dire du roman naturaliste zolien, en lequel Huysmans aurait vu, progressivement, un carcan idéaliste dont il aurait fallu « briser les limites » ? Quelle conscience développe-t-il – dès le Drageoir aux épices et jusqu'aux premières pages de Sainte Lydwine qui proposent un bilan bibliographique – du choix d'un genre littéraire comme héritage et insertion dans une filiation ?
Quels sont les critères majeurs qui définissent selon lui le genre littéraire ? Est-ce une écriture, ou une dimension pragmatique qui lierait chaque genre à un rapport spécifique au public, ou bien encore un moyen efficace de prendre position dans un champ littéraire en pleine mutation (le roman est autant « la grande forme de l'art moderne » que « la seule voie à prendre pour arriver aujourd'hui » : lettre à Th. Hannon du 13 décembre 1879) ? Quel rapport peut-on établir ici entre style et genre ?
Faut-il chercher des réponses dans les analyses que Huysmans fait des autres genres ? La lecture des marges de l'oeuvre s'avèrerait ici féconde : préfaces et lettres, considérées comme appartenant à un véritable genre, ou comme laboratoires de l'oeuvre, méritent l'examen attentif qu'elles n'ont pas encore reçu. Par leur discontinuité, leurs variations abruptes de niveau de langue et l'extrême diversité typologique des discours qu'elles charrient, ses lettres semblent en effet présenter une singularité dont cette approche est susceptible de rendre compte. Le romancier Huysmans, par ailleurs, n'a préfacé, hormis trois des siens, aucun roman, mais des livres de poésies (Hannon, Verlaine), des travaux d'érudition (R. de Gourmont, Bois), des ouvrages de critique d'art (Broussolle) ou de piété (Dutilliet) : ce croisement générique reste à explorer.
3. Huysmans et les genres… et les autres
Il convient enfin d'envisager les pratiques génériques huysmansiennes dans leur historicité, au sein d'une fin de siècle souvent désireuse d'éroder les frontières génériques classiques et confrontée à la concurrence de formes issues de la presse à grande diffusion.
L'oeuvre, nourrie de la lecture de grands devanciers ou de contemporains, porte trace, en ses choix génériques, de ces intertextes. De plus, elle occupe une place privilégiée, qu'on choisisse comme pivot Là-bas (M. Raimond, La Crise du roman aux lendemains du naturalisme) ou À rebours (J. Dubois et alii, Le Roman célibataire), dans une contestation des canons du genre romanesque comme dans un rapport neuf à la paralittérature. Des textes au statut problématique attendent d'être étudiés sous cet angle : Les Foules de Lourdes, par exemple, pourraient annoncer le genre mixte du récit auquel le XXe siècle donnera tout son lustre.
Malgré ses vitupérations contre la presse, Huysmans écrit pour elle de nombreux salons, des textes de critique littéraire ou biographique, des notes de voyage (sur Bruxelles ou Francfort), des chroniques dont il assume la nature disparate en les rassemblant sous le titre de De Tout. Lui qui n'avait pas reculé devant la transformation paradoxale de La Cathédrale, livre écrit à la gloire de la Vierge Marie, en guide touristique, écrit, au moment où il se détourne du roman (« On a trop remâché […] ce vieux foin »), des textes-promenades proches par certains aspects du reportage journalistique (Les Gobelins, Le Quartier Notre-Dame).
Or, de telles considérations génériques aboutissent, on le voit, à une interrogation sur la littérarité même de ses derniers textes.
Merci d'adresser vos propositions (titre et court résumé) avant la fin du mois de décembre 2006 à: Jean-Marie Seillan (jms06340 (a) wanadoo.fr) & Gilles Bonnet (bonnetgilles (a) wanadoo.fr)
(source: fabula.org)
14/06/2006
- Rubrik: Call for papers